FICHE DU LIVRE D'OCCASION
Type de document : Livres Catégorie 408 : Loiret Langue : FR
Titre du livre : Orléanais 'Les Albums des Guides Bleus'
Auteurs : Maurice Genevoix - photos de Jacques BOULAS Editeur : Librairie HACHETTE Année : 01/06/1956
ISBN : Code-barre :
Format du livre : 21.5 x 16.5 Poids : Tarif postal :
Prix neuf : 0.00
Description du livre : Dans la collection "Les Albums des Guides Bleus" : l'ORLEANAIS
64 planches photos
Extrait :
Du Vendômois, mi-Beauceron mi-Blésois, au pur Beauceron des blés et des betteraves, du Beauceron au forestier, du forestier à l'homme du Val, de l'homme du Val au Solognot, il n'y a guère de lieues, mais un monde. L'on ne se sent voisin que pour se sentir différent. Mais j'y reviendrai tout à l'heure.
Guère de lieues ? La distance d'une promenade à pied. La forêt a touché au fleuve et cela se perçoit toujours. Toutes les terres de la rive droite portent encore les signes du défrichement, de la conquête sur la broussaille et le taillis. Et la forêt, la forêt druidique, y pousse encore ses avancées, de plus en plus profondes à mesure qu'on va vers le nord. A quelques kilomètres du fleuve, elle règne, continue sur un front de quinze lieues, dissimulant dans ses profondeurs ses étangs, ses bêtes libres et les quelques villages humains qui vivent d'elle, depuis des siècles, dans l'isolement et le secret.
Elle reste un des rares coins de France où perdurent de petites collectivités closes, particularistes et jalouses, méfiantes devant 1'« étranger», "ses coutumes, les risques de contagion qu'il apporte et dont le village pâtirait dans sa personnalité même. Sociétés natu-relles, si l'on en croit Bergson, repliées sur elles-mêmes pour mieux assurer leur durée. Elles n'y ont pas mal réussi, car l'abandon, l'exode les ont peut-être moins touchées que les villages de plaine où l'existence était pourtant plus aisée et plus aimable.
C'est que la forêt est là, avec ses tentations, ses charmes, ses malé-fices, ses besognes et sa poésie. Quelle rude et précaire existence, pourtant, que celle de ces bûcherons, ces gardes-ventes, ces charbon-niers ! Pauvres, et d'une telle pauvreté, naguère, qu'on en demeure confondu. Cinquante sous pour un cent de fagots, un sou pour deux épais fagots qu'il fallait assembler et lier! Quinze centimes pour abattre un arbre, vingt-cinq si l'arbre abattu dépassait un mètre de circonférence. Que de coups de cognée, puissants et bien ajustés, pour cinq sous ! A de pareils tarifs, un bon bûcheron ne devait pas chômer pour gagner vingt-cinq sous par jour. On citait ceux qui dépassaient ce chiffre et qui atteignaient trente sous.
Quant à la surveillance, elle était impitoyable. Une souche de rasage un peu longue (cette « débouture », c'était la maigre part du
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Sommaire du livre : bûcheron), un lien de fagot chipé entraînaient un procès immédiat, des poursuites, quelquefois la prison; ou pis encore: l'interdiction temporaire de travailler dans la forêt, autant dire la misère certaine, et la plus âprement dénuée, pour l'homme et pour sa maisonnée. J'entends encore le vieux boissier qui me disait: « Quand la brigade passait, tout le monde tremblait. )) Il disait cela calmement, mais une sourde révolte frémissait encore dans sa voix. Il n'était que de regarder ce grand vieillard sanguin, sans un poil blanc dans ses cheveux drus, resté droit, à quatre-vingts ans, comme un de ces chênes de futaie qu'il avait tant de fois jetés bas, pour sentir la vio-lence secrète encore vivace dans ses veines.
Ces hommes de la forêt, ardents républicains quand la Répu-blique était belle, étaient les rouges de cette province paisible, levain âcre et puissant au temps d'un Blanqui, d'un Barbès. Mais leur amour de la liberté, individualiste à sa source, n'est plus de l'âge où nous voici.
Comme autrefois l'homme du bois travaille seul, dans son lot qu'il appelle son orne. Il en trace les limites à la serpe, en rasant les basses branches, les « flâchures », Et il abat, il débite, il fagote, dans une solitude que viennent à peine troubler les coups d'autres cognées lointaines, et que lui donnent à mieux sentir l'ample et grave mur-mure des pins qu'incline ensemble le vent d'automne, ou encore, très haut dans la nue, les claquements d'ailes et les cris familiers d'un passage d'oiseaux migrateurs.
Depuis la bicyclette, les vieilles loges ont disparu. Fay-aux-Loges, Vitry-aux-Loges, ces noms mêmes ont cessé de parler à leur souvenir. Le soir, l'homme, harassé, enfourche son vélo et regagne sa maison du village. La vie sociale y perd encore. Plus de ces assem-blées en cercle, dans la hutte de rondins et de terre qui leur était comme une maison commune autour du feu haut flambant, exorable, dont la clarté chassait les maléfices. Plus de conteurs diserts, au fait des traditions, des légendes, des simples, des parsi gnons magiques et des prières conjuratoires. Ils savent que la chasse à Bôdet qui passe dans les hauteurs du ciel, ces aigres cris perdus qu'emporte la bourrasque d'octobre ou la hargne de mars dont les grêlons
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